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Les groupes de médecine familiale : pas de place pour l'improvisation !

Accès à un médecin 24 heures par jour, sept jours par semaine, prise en charge complète des patients inscrits, grand suivi de leur état de santé, continuité des services à l'intérieur du réseau grâce à une étroite collaboration entre les médecins des GMF, les infirmières et les autres professionnels des CLSC, désengorgement des urgences, ce sont là les grandes promesses mises sur la table par le ministre de la Santé et des Services sociaux, François Legault, lors de l'implantation des premiers groupes de médecine familiale en décembre 2002.

Qu'en est-il dans la « vraie vie » ? Changement en profondeur dans la prestation des services médicaux de première ligne ou tape-à-l'oeeeeil ?

Un accès plus grand aux services médicaux ?

Le projet du Ministère mentionne que, tant du côté des services hebdomadaires réguliers avec ou sans rendez-vous que du côté des services à offrir en dehors des heures d'ouverture habituelles les samedis, dimanches et jours fériés, l'offre de service dépendra de la « disponibilité des médecins des GMF ». Aucun nombre d'heures minimales de disponibilité n'est prescrit. Un plafond l'est : 12 heures par jour en semaine, 4 heures par jour en fin de semaine. Pour les heures non couvertes, le GMF peut conclure une entente avec d'autres cliniques (comme si leurs conditions pouvaient être meilleures que la leur) ou avec l'urgence de l'hôpital du territoire !

Bref, il n'y a aucune garantie que l'implantation d'un GMF sur un territoire améliore l'accès aux services médicaux pour la population du territoire. L'implantation d'un GMF ne résulte pas, non plus, en une multiplication spontanée de ressources médicales dans les régions qui en sont à l'heure actuelle dépourvues.

Une meilleure prise en charge et une meilleure surveillance de l'état de santé ?

Pour arriver à cela, il faudrait changer résolument le mode de rémunération des médecins pour qu'une enveloppe forfaitaire les conduise à un suivi méticuleux permettant de prévenir les ennuis de santé et d'intervenir rapidement avant que ceux-ci ne s'aggravent. Or, les médecins des GMF continueront d'être rémunérés à l'acte avec quelques primes.

Bref, il n'y a aucune garantie que le médecin œuvrant en GMF suive plus assidûment l'état de santé d'une personne inscrite, mais il y aura une garantie qu'il pourrait être payé de 6 à 8 % plus cher qu'avant pour ne la recevoir que deux fois l'an dans son cabinet.

Un meilleur arrimage avec le réseau ?

Tout GMF doit conclure une entente avec le CLSC du territoire pour l'affectation de 2 infirmières (70 heures de travail), pour la coordination des services d'Info-Santé et pour l'utilisation d'autres ressources professionnelles du CLSC comme le travail social, par exemple. Tout l'arrimage avec le réseau repose essentiellement sur les épaules de l'infirmière prêtée par le CLSC. Mais l'entente prévoit que celle-ci sera sous l'autorité fonctionnelle du GMF. Aura-t-elle les coudées aussi franches pour remplir entièrement son rôle de coordination ? L'autonomie et le jugement clinique qui faisaient sa force à l'intérieur du CLSC perdront-ils leurs couleurs lorsque cette infirmière sera soumise aux diktats de la médecine privée ? Voilà tout un défi.

Ramener les GMF sur la bonne voie : il est encore temps

Il est prévu 160 millions de dollars pour l'implantation des GMF. Les attentes de la population sont très grandes quant à l'amélioration des services qu'elle recevra. L'objectif d'une médecine familiale est louable. Il n'y a pas de place à l'improvisation. L'encadrement des GMF doit être doté de mécanismes garantissant les objectifs du modèle initial, soit une médecine de prise en charge globale et assidue, un travail d'équipe interdisciplinaire entre les médecins du GMF et les professionnels du réseau et une coordination étroite avec les établissements publics.