Une plate-forme syndicale à notre image
Le 6 juin 2001, les déléguées et délégués du secteur de la santé et des services sociaux adoptaient la première plate-forme syndicale en santé et services sociaux. Pour vous la présenter, voici une entrevue avec la vice-présidente de la Centrale, Louise Chabot, et les trois présidences des fédérations du secteur de la santé et des services sociaux : René Beauséjour, de la Fédération des syndicats de professionnelles et professionnels de la santé et des services sociaux, Pierre Boily, de la Fédération du personnel de la santé et des services sociaux, et Nicole Boudreau, de l'Union québécoise des infirmières et infirmiers.
Nouvelles CSQ : Pourquoi une plate-forme CSQ en santé et services sociaux ?
Louise Chabot : Cela fait longtemps que les membres de la Centrale provenant du secteur de la santé et des services sociaux souhaitaient que la CSQ élabore une plate-forme syndicale présentant les principales visions politiques de la Centrale en matière de services de santé et de services sociaux. Pour les membres, cette plate-forme constitue un outil essentiel qui rassemble les valeurs, les principes, la conception et les principales revendications de la Centrale dans le domaine des services publics de santé et de services sociaux.
Nouvelles CSQ : La plate-forme comprend une analyse exhaustive du contexte sociopolitique influençant le système de santé et de services sociaux. Pourquoi ?
Louise Chabot : Jamais autant de pressions ne se sont exercées sur le système de santé et de services sociaux, particulièrement sur le plan économique. La vision néolibérale conçoit les services sociaux et de santé comme des marchandises qui doivent être libéralisées au profit du libre commerce. Sous prétexte de manque de ressources financières, on a assisté à un désengagement de l'État qui a conduit à une privation de ressources et à un délestage de ses responsabilités, particulièrement dans la cour des familles et des femmes. Entretenant le mythe que le vieillissement de la population augmentera les dépenses de santé au-delà de la capacité de payer de l'État, Québec veut convaincre qu'il faut se tourner vers le secteur privé pour sauver le système. Le contexte de la mondialisation et du libre-échange est loin d'être étranger à ces pratiques de privatisation. Il faut absolument dénoncer ces prémisses et lutter pour la sauvegarde d'un système public.
Nouvelles CSQ : La plate-forme CSQ réaffirme des principes fondamentaux qui sont à la base de notre système. Seraient-ils en danger ?
Louise Chabot : Oui, les principes d'accessibilité, d'universalité, de gratuité des services sont certainement en péril en raison du contexte sociopolitique. Il faut réaffirmer qu'il est de la responsabilité de l'État d'assurer un accès universel non discriminatoire à des services sociaux et de santé de qualité, d'assurer la justice sociale, quoi ! Toute personne a le droit d'être soignée dans des délais raisonnables. Toute personne a le droit à un bon état de santé et de bien-être. De plus, il faut préserver une vision globale de la santé qui reconnaisse l'intégralité de la personne et de ses besoins physiques, psychologiques et sociaux.
Nouvelles CSQ : Il nous semble qu'il n'est plus guère question de prévention et de promotion de la santé dans le réseau, est-ce exact ?
René Beauséjour : Oui, en raison des compressions budgétaires, les établissements du réseau ont fait le choix d'accorder la priorité aux besoins curatifs très criants, délaissant ainsi leur mission de prévention. Québec n'a jamais donné les moyens au réseau d'appliquer pleinement sa politique de santé et de bien-être et de stratégies efficaces de prévention. Québec ne s'engage guère, non plus, dans l'amélioration des conditions économiques, éducatives et environnementales. C'est là un mauvais choix car la pauvreté, l'hygiène, l'alimentation, les conditions d'hébergement, l'éducation et l'environnement sont de forts déterminants pour la santé des personnes et des communautés.
Nouvelles CSQ : On a souvent l'impression que le réseau de la santé et des services sociaux traite les problèmes des personnes à la pièce, sans approche globale. Est-ce le cas ?
René Beauséjour : Oui, malgré un discours gouvernemental qui dit respecter les personnes dans leur intégralité, c'est loin d'être le cas aujourd'hui. L'approche comptable qui a cours dans le réseau ne favorise pas tellement l'approche globale. On préfère fermer les yeux sur l'ensemble des besoins de la personne et éteindre les crises ponctuelles de santé qui surviennent. Pour répondre aux besoins individuels des personnes ou collectifs des communautés, selon une vision globale, il faut que l'État offre une gamme complète de ressources permettant d'assumer pleinement les missions de prévention, de prise en charge, de réadaptation et de réinsertion.
Nouvelles CSQ : La plate-forme CSQ porte un accent particulier sur la nécessité d'une gestion démocratique du système. Pourquoi ?
Pierre Boily : Bien sûr. Les questions psychosociales et de santé sont hautement personnelles. Elles touchent l'intimité, la dignité des personnes et font appel à des valeurs individuelles et collectives. De plus, la réalisation quotidienne des activités d'intervention exige une interrelation étroite avec la population qui reçoit les services et les acteurs qui les dispensent. Plus que tout autre service de l'État, la gestion des services sociaux et de santé exige donc la transparence des pratiques et la participation des citoyens et des travailleurs dans leur planification, leur organisation et leur évaluation.
Nouvelles CSQ : La plate-forme CSQ réclame la reconnaissance et le renforcement d'un point de vue féministe dans la gestion du système de santé et de services sociaux. Pourquoi ?
Nicole Boudreau : Les femmes sont le plus souvent « embrigadées » dans le réseau des proches aidantes, elles sont encore les plus grandes consommatrices de services du réseau. De plus, elles occupent la majorité des emplois, des activités bénévoles et des activités de l'action communautaire et de l'économie sociale. Enfin, les femmes ont été des agentes de changement et d'innovation en santé et services sociaux, que l'on pense aux pratiques des sages-femmes, aux médecines douces, à la contraception, etc. Cela justifie grandement qu'une gestion démocratique du système engage un point de vue féministe.
Nouvelles CSQ: Que réclame la plate-forme au regard du personnel ?
Nicole Boudreau : Il faut remettre l'humanisation des soins et des services au coeur des priorités dans la planification et l'organisation des services. Cela passe, entre autres, par la reconnaissance de l'apport, du jugement clinique, de l'expertise et de l'autonomie du personnel. Il faut aussi en finir avec la culture hautement hiérarchisée qui règne dans le réseau et adopter une vision et un mode de gestion multidisciplinaires qui utilisent l'apport de toutes les catégories de personnel et la participation collégiale de l'ensemble du personnel à la réalisation quotidienne des soins et des services. Cela exige aussi des ressources humaines en quantité suffisante et une stabilité dans l'emploi afin d'assumer pleinement les missions et de favoriser la continuité des services.
Nouvelles CSQ : Quel est le message final de la plate-forme ?
Louise Chabot : Seul un système de santé et de services sociaux intégralement public, géré et financé publiquement garantit un système de qualité, efficace et caractérisé par la justice sociale. Les gouvernements canadien et québécois doivent financer adéquatement, de façon stable et continue, des services sociaux et de santé de qualité.
Un bon État de santé, c'est une affaire publique !
* Le texte intégral de la plate-forme Un bon État de santé, c'est une affaire publique ! est disponible au Centre de documentation sous la cote D11055. Version PDF![]()




